texte d’une de mes élèves lors de notre repas de fin d’année
25122010Fait le 18 décembre 2010
Pour Liliane Caumont qui nous bouscule, nous aime et nous inscrit peu à peu sur
le grand registre des sculpteurs en herbe.
Tout se passe rue des Basserons.
On entre par la petite porte.
Gardienne cachée du lieu, la cloche a résonné ou non -- selon son humeur.
On passe en rasant les murs entre des rangées immobiles
Sur les étagères en enfilade : des hommes -- des femmes -- des créatures mal
identifiées. de terre. de bronze -- de résine.
Tous sont sages -- Et silencieux. Solitaires ou accolés, en famille. Fiers
d’exister à part entière. Vaguement condescendants. Un peu narquois.
C’est qu’ ils n’en pensent pas moins en nous voyant débarquer.
On sent qu’ils rigolent à l’intérieur.
» Tiens voilà les néophytes, les débutants, les pétrisseurs es chamotte.
Mais que croient-ils donc ? Qu’ils vont, eux aussi, faire un chef d’oeuvre en 5
minutes ? »
Nous, on ne doute de rien.
On s’installe vaillamment dans la salle du bas -- Une antre intime éclairée par
des spots.
Les outils sont éparpillés sur la table -- Paquets de terre -- Eau -- Traînées de
boue. Chantier
Allez, pour aller au ch arbon, on y va.
« Apprendre c’est souffrir », ça a été dit clairement, mais avec humour.
Tout commence. Le temps perd ses frontières.
On se concentre comme jamais, sourcils froncés, cerveau en ébullition.
Liliane va et vient, dans son rôle de grande prêtresse.
Vêtue de noir, vive, chignon effiloché, oeil impitoyable , elle tourne autour de
son troupeau. Elle est partout.
Appliqués, excités, limite un peu fébriles, on retourne à la maternelle.
La matière a ses caprices et sa volonté. Elle lutte, ne plie ni ne consent.
Liliane s’emporte, s’exclame, lâche parfois un maigre compliment, nous bouste.
« Allez les Loulous, les chéris, les nounouches. Mais qu’est-ce que vous me
bricolez !
Vous voulez vraiment faire une tête ? Mais regardez-moi ça !
Et les muscles du cou ? Et le creux des orbites, et le bombé du front ? Et les
oreilles ? Trop collées. Trop petites. Mal situées. Et le nez . Et la bouche » ..
Alouette, gentille alouette..Nous voilà plumés -- Dénudés -- Illusions sur le
flanc.
Ses mains apitoyée et magiques viennent alors à notre secours. En quelques
secondes tout redevient possible. Elle remonte. Aplatit. Allonge. Rétrécit.
Transforme. Donne du corps. De l’esprit.
Ça marmonne, ça transpire. On râle, on jure tout bas, on recommence. On tourne
en rond.
Le temps ne compte plus.
Ça avance finalement. La tête peu à peu a pris forme.
Les yeux finissent par nous regarder -- tant bien que mal. La pupille nous fixe
Les bouches en viennent à nous sourire -- Un peu de biais. Mais quand même.
On respire un grand coup. On se recule. On contemple notre oeuvre. Notre enfant
neuf.
L’espoir revient. Un jour on sera meilleur. Excellent. Illustre peut-être…
Sculpteur quoi ! Comme toi, Liliane.
Pour ta patience, ta bonne humeur, ton énergie et ton talent, merci.
Michèle
Suzet-Charbonnel
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